Introduction

 

 

Depuis la mise en application de la loi instituant le droit à un minimum de moyens d’existence du 7 août 1974 et de la Loi organique des centres publics d’aide sociale du 8 juillet 1976, les recours exercés contre les décisions des centres publics d’aide sociale ont donné lieu à un développement spécifique de la jurisprudence des cours et tribunaux belges du travail.

 

Celle-ci se caractérise aujourd’hui par sa diversité et par son opacité.

 

En effet, d’une part, se rapportant à sa diversité, les magistrats des juridictions sociales des différents arrondissements judiciaires ont été amenés, face à la complexité et à l’hétérogénéité des situations qui leur ont été soumises, à nuancer l’application des principes et normes du droit national. D’autre part, se rapportant à son opacité, les arrêts et jugements n’ont, à l’exception d’études approfondies et ciblées publiées à ce sujet ne se référant qu’à une proportion réduite de ceux-ci, pas encore fait l’objet d’un recueil global et cohérent de l’ensemble des décisions de justice rendues en matière de minimum de moyens d’existence et d’aide sociale sur l’ensemble du territoire.

 

Or, la méconnaissance des tendances des jurisprudences locales renforce, on le sait, l’insécurité juridique. Et force est de constater que l’incertitude provoquée par l’impossibilité d’anticiper les résultats des demandes introduites auprès des centres publics d’aide sociale est préjudiciable tant pour les acteurs des services publics que pour les citoyens, en leur qualité de créanciers de l’aide, à tout le moins potentielle, dispensée par la collectivité.

 

C’est la raison pour laquelle, Monsieur Johan Vande Lanotte, Ministre fédéral de l’Intégration sociale, a décidé de confier à quatre équipes universitaires la mission de réaliser l’étude exhaustive de la jurisprudence annuelle en matière de minimum de moyens d’existence et d’aide sociale. Ont ainsi participé à la réflexion et à la réalisation de cette recherche, MM. Jacques Fierens, Myriam Bodart, Martine van Ruymbeke et Philippe Versailles, du Centre interdisciplinaire Droits fondamentaux & Lien social des Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur (D.F.&L.S./ F.U.N.D.P.), ce centre étant également chargé de la coordination générale de la recherche, MM. Daniel Cuypers et Dirk Geldof de l’Université d’Anvers (U.A.), MM. André Nayer, Jean-Claude Bodson, Bernadette Smeesters et Olivier Moreno du Centre de Recherche et Prospective en Droit social de l’Université Libre de Bruxelles (Ce.R.P./U.L.B.) et MM. Ludovic Veny et Katia Laveyt, de l’Université d’Etat de Gand (R.U.G.).

 

La recherche comprend deux volets :

-         la rédaction d’un recueil annuel et national de la jurisprudence,

-         l’élaboration d’une banque de données juridiques et jurisprudentielles permanente.

 

Le présent ouvrage constitue le recueil national de la jurisprudence des décisions rendues en la matière au cours de l’année 2000. Celle-ci comprend :

-         700 décisions relatives au minimum de moyens d’existence, pour la partie francophone du pays, confiées à l’équipe de l’U.L.B.,

-         350 décisions relatives au minimum de moyens d’existence, pour la partie néerlandophone du pays, confiées à l’équipe de la R.U.G.,

-         835 décisions relatives à l’aide sociale, pour la partie francophone du pays, confiées à l’équipe des F.U.N.D.P.,

-         500  décisions relatives à l’aide sociale, pour la partie néerlandophone du pays, confiées à l’équipe de l’U.A..

 

Deux contraintes méthodologiques nous conduisent à formuler quelques réserves par rapport à la finalité de ce projet ambitieux.

 

Quoique la jurisprudence étudiée comporte la toute grande majorité des décisions rendues à ce sujet, quelques-unes d’entre elles n’ont pu être intégrées soit parce qu’elles sont parvenues aux équipes de recherche tardivement, soit parce que quelques arrondissements ne les ont pas transmises. C’est ainsi que ne sont pas ou sont imparfaitement représentés les arrondissements d’Arlon, de Dendermonde, de Marche, de Neufchâteau, de Turnhout. Cependant, le caractère très exceptionnel de ces obstacles n’apparaît pas avoir pour conséquence de compromettre l’intérêt et l’objectivité de l’analyse réalisée.

 

La seconde contrainte concerne la brièveté du délai de l’étude : les équipes de recherche n’ont été mises en possession des décisions rendues en l’an 2000 qu’au début de l’année 2001. De plus, en  raison du fait qu’il s’agit du tout premier rapport annuel, les jugements et arrêts n’ont pu être systématiquement et préalablement répertoriés. C’est donc endéans un délai restreint que les chercheurs en ont pris connaissance et les ont analysés, afin que les personnes intéressées par les résultats de l’étude puissent en disposer le plus rapidement possible, et en tout cas avant la fin de l’année 2001.

 

Toutefois, nonobstant ces difficultés de mise en route, l’étude fut effectuée en concertation par les quatre universités : au cours de la recherche, les chercheurs se sont principalement accordés, lors des réunions mensuelles, sur la méthode de travail, une table des matières commune et la répartition des thèmes.

 

En conséquence, ce premier rapport rend certainement compte de la jurisprudence de l’année 2000, mais son évolution n’est pas commentée d’une manière aussi approfondie que l’auraient souhaité les chercheurs. De telles précisions, ainsi que la formulation d’une vision plus prospective et plus critique pourront compléter les rapports ultérieurs, sur base de décisions préalablement encodées, synthétisées et classées par les équipes de recherche. Cette frustration mise à part, l’analyse transversale et comparative des différents thèmes retenus a permis de mettre en évidence les particularités éventuelles caractérisant les jurisprudences des différents arrondissements judiciaires et des deux régimes linguistiques représentés.

 

Les demandeurs - et leurs représentants – et les praticiens concernés par les services rendus par les centres publics d’aide sociale y trouveront une photographie quasi complète et raisonnée de la jurisprudence en matière d’aide sociale et de minimum de moyens d’existence pour l’année 2000. Ils disposeront ainsi d’un outil précis et clair leur donnant la faculté de prendre des décisions en meilleure connaissance de cause et de motiver leurs choix par une argumentation juridique plus documentée.

 

 

 

                                                                                              Bernadette Smeesters

                                                                                              Maître de Conférences

CeRP / U.L.B.